L'heure du bilan


Il est là. Enfin. Le bilan. Je n'arrive pas à croire qu'un an déjà a passé. Un an. 365 jours. 8 760 heures. 525 600 minutes. 31 536 000 secondes. Il y a un an, ma vie prenait un tournant que je n'attendais pas. C'est arrivé comme une claque en plein visage, comme si la vie me disait de me réveiller après m'être reposée sur mes lauriers, après avoir fermé trop longtemps les yeux. "Ca a claqué dans l'air, comme un coup de revolver". Quitter l'appartement à deux, rentrer chez maman, et découvrir une nouvelle vie. C'est ce qu'on appelle communément une rupture. Une interruption, une cessation soudaine. Une fin quoi. Pourtant, j'avais décidé de ne pas vivre ça comme une fin, mais comme le début de quelque chose de nouveau.

Le célibat, c'est une vie nouvelle qui commence. On se sentit groggy, étourdi, perdu, comme après une nuit de folie à enchaîner les verres, à danser jusqu'au petit matin, à s'époumoner sur les derniers hits. Au réveil, on se sent ailleurs, nauséeux même, et vide. S'il y a bien une chose que l'on peut retenir d'une rupture, c'est que les nuits de folie ne résolvent rien. Le lendemain, on est encore seul, et le pire, c'est qu'on a la gueule de bois. Le premier mois est souvent le même, on entre dans la deuxième phase du deuil de la relation, après le choc, le déni. Alors, on va bien. On ne comprend pas vraiment, c'est comme si on vivait la vie de quelqu'un d'autre. On sort, on retrouve les copains, les copines, les soirées, les autres quoi. 

Et puis on se rend compte, on réalise, on a mal. Vous l'aurez compris, une rupture, quelle qu'elle soit, c'est un peu comme un deuil. Et chaque étape suit son cours, prend son temps. Ce n'est jamais la même durée pour personne, et à dire vrai, seul le temps aide à passer du choc à la reconstruction. Je ne vais pas vous mentir en vous disant qu'une rupture c'est facile. C'est dur, ça fait mal. Pour être franc, en plus de se sentir seul et délaissé, on se sent très con. Parce que c'est là qu'on réalise le temps perdu et le temps qui est devant nous. Toutes ces choses que l'on n'a pas pu faire et qui restent à réaliser, ces pays à découvrir, ces verres à aller boire, ces boucles à boucler (rires). 

Mais moi, je ne vais pas vous parler ce soir de ces étapes de colère, de tristesse, de résignation. Tout le monde a connu ça. Ces phases qui ont inspiré tous les artistes de toutes les époques. L'amour, celui qui déchire, celui qui fait mal. Et puis, à quoi bon parler de tristesse, alors qu'on a la vie devant nous. Non. Moi, je veux vous parler de cette belle étape de la vie qui s'appelle la reconstruction, ou plutôt devrais-je dire, la redécouverte de soi. C'est cette période que l'on vit à cent à l'heure, qui nous fait vibrer comme jamais. C'est ce moment unique où l'on se sent libre, prêt à conquérir le monde. C'est cet instant où on a touché le fond et qu'on est arrivé à l'autre bout. La reconstruction est une étape qui arrive difficilement. Après avoir écouté des heures de musiques déprimantes où l'on se sent "All by myself" et qu'on l'on se dit que l'on finira mangé par ses chiens, après avoir enchaîné les rdv les plus pathétiques, avec des personnes que l'on trouve inintéressantes, après avoir essayé toutes les applications de rencontre, après avoir trop bu. Un matin, on se lève, et on va bien. 

Oui, je vais bien. Aujourd'hui célibataire depuis un an. Je sais que certaines personnes de mon entourage ne voient pas cela forcément d'un très bon œil. Ou du moins, sont quelque peu étonnées de mon nouveau choix de vie. Un an, c'est long. J'en ai fait des rencontres durant ces 12 mois. Ces hommes gentils et très bien qui pourtant n'avaient pas de place dans ma vie. Célibataire, ce n'est pas être seul, au contraire. Car je n'ai jamais été aussi bien entourée. Quand tu es la célibataire de la bande, tu deviens rapidement la meilleure amie de tous les temps. Celle qui t'ouvre sa porte à 23H quand tu craques après une dure journée, celle qui est toujours partante pour les plus folles soirées, celle qui a du temps pour elle et pour les autres. Et puis, tu es une mine de potins pour tes copines, impatientes d'entendre tes dernières histoires, de ce jeune homme croisé sur Tinder à ce numéro laissé sur le tapis roulant du restaurant de sushis (rires). Il y en a plein d'histoires, car tu te laisses porter et tu es plus ouverte à l'inattendu. 

C'est alors une nouvelle vie qui commence. Où tu ne te soucies plus de ce que l'on pense de toi, de tes goûts stylistiques et de ton irrésistible envie de mettre des cadres partout dans ton nouveau chez toi. Tu te crées un petit cocon, rien qu'à toi, où personne ne s'installe, pas même une deuxième brosse à dents. C'est un choix de vie assez étrange, pour la plupart des gens. Comment une femme pourrait imaginer sa vie sans un homme à ses cotés, sans tous ces rdv, ces matins à deux et ces textos dégoulinants d'amour. Je crois que pour l'instant, j'en suis allergique. Et quand, au gré de mes lectures, je ne découvre que des héroïnes qui finissent en couple, follement amoureuses, prêtes à tout changer pour quelqu'un, je me demande où je suis. Est-ce si difficile de comprendre qu'une femme peut construire des projets sans quelqu'un à ses côtés? Quand un homme dit qu'il se consacre à sa profession, on le félicite, mais une femme... Je crois qu'on en revient à un sujet plus féministe, je m'égare un peu. 

Etre célibataire, je crois, c'est recommencer une nouvelle vie. Apprendre à se connaître, à savoir ce que l'on aime, ce que l'on n'aime pas, ce que l'on veut. C'est le moment de faire des projets pour soi, et de les suivre, quoi qu'il arrive. Alors, bien entendu, on a souffert, mais cette étape de reconstruction est le moment clé pour nous redonner cette force que nous avions perdue, pour devenir plus fort encore. Personnellement, ça a été le moment pour moi de découvrir ce que je voulais dans la vie, et surtout, comment je le voulais. Alors, quand je dis à mes amies que je veux rester seule pour ne pas perdre de vue mes objectifs, elles ont peur. Je crois que le célibat fait peur. Et je peux comprendre. Enfin, ce n'est pas parce que j'envisage encore un peu de célibat dans ma vie que je ne rêve pas d'un grand amour qui me court après dans l'aéroport, ou d'un baiser fougueux sous la pluie. On rêve toutes de ça (rires). Mais comme on dit, L'Amour, ça nous tombe dessus quand on ne s'y attend pas. Alors je ne l'attends pas.

3 commentaires

  1. Je crois que c'est ce que j'ai lu de plus beau et de vrai sur la rupture. Bravo pour cet article vraiment :) je te souhaite vraiment de ne pas attendre l'amour et de le rencontrer à nouveau quand tu ne t'y attendra pas ;)
    Bisous et belle soirée à toi !
    Romane | bordelutopique

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  2. Bonjour,
    Je te suis sur instagram depuis peu et je viens de voir ton texte. Ça me parle beaucoup je suis actuellement dans la phase de deuil ou alors plutôt dans la phase "le cul par terre" mais bon. Je trouve ton texte tellement beau avec toutes ces phases qu'on trouve dans une reconstruction, je tenais à te le dire.
    Merci
    Bonne journée

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  3. Salut Ludivine ! Un petit commentaire sur ton blog, j'ai beau te lire souvent je laisse quasiment jamais de petits mots mais cet article me fait tellement écho. Célibataire depuis un peu plus d'un an suite à une grosse relation compliquée de 3 ans, je suis passée comme toi par toutes les étapes du déni, à la tristesse, la colère également. Ca n'a pas été facile mais j'ai réussi à atteindre ce niveau de bien-être où tu n'as plus besoin de quelqu'un pour être bien dans ta vie, où tu revis d'ailleurs. Certes je ressens un manque et je sais que ma vie serait "mieux" avec quelqu'un pour partager toutes mes petites folies, mais en soi je ne ressens plus cette dépendance et je suis bien par moi-même ;) J'ai eu deux petites relations durant cette année de célibat, mais rien de fou, pas vraiment d'attache et des déceptions. Du coup comme toi je profite de l'instant présent, c'est pas facile de rencontrer de nouvelles personnes alors je me dis que ça sert à rien d'attendre l'amour, et qu'il me tombera bien dessus à un moment ou un autre ;) J'ai ri quand j'ai lu le passage sur l'allergie à l'amour dégoulinant car j'ai connu ce passage aussi ahah ! En tout cas merci pour ton article, qui me fait me sentir moins seule ;)

    Des bisous <3

    Margaux

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